• Hua Mulan, légende du moyen-âge

    Peut-être le nom de Mulan convoque chez vous le souvenir d’une héroïne guerrière chinoise tout droit sorti des studios de la firme américaine. Si c’est le cas, Mulan représente probablement pour vous un emblème car son histoire épique permet entre autre de mettre en scène la construction sociale du genre à travers sa bravoure légendaire…

Hua Mulan, légende du moyen-âge

La ballade de Mulan

Peut-être le nom de Mulan convoque chez vous le souvenir d’une héroïne guerrière chinoise tout droit sorti des studios de la firme américaine. Si c’est le cas, Mulan représente probablement pour vous un emblème car son histoire épique permet entre autre de mettre en scène la construction sociale du genre à travers sa bravoure légendaire et son sens de la morale.

Mais connaissez vous Hua Mulan, ci-dessus représentée, le personnage légendaire qui a inspiré la Mulan de Disney ? Laissez moi vous raconter son histoire.

Toute histoire a un commencement, celle de Hua Mulan – littéralement « fleur » ( du chinois  » Huā ») et « magnolia » (du chinois « Mùlán ») qui n’est autre que l’un des symbole de la Chine- débute aux environs du quatrième ou cinquième siècle de notre ère. Son récit est inextricablement lié à la construction de l’Histoire de Chine dont elle est légendairement un élément constitutif. Dans les différentes versions elle apparaît tantôt sous le nom de Zhu, tantôt sous le nom de Wei. La nomination est ici importante car les historien.ne.s s’accordent à dire qu’à défaut d’être une guerrière à proprement parler chinoise, il s’agirait repenser son origine car elle serait, en réalité, issue d’un peuple turco-mongol appelé tabghatch ou tuoba qui fonda en Chine la dynastie des Bei Wei – ce peuple, dont les individus étaient majoritairement des cavaliers, était un clan nomade -.

Pour remonter à la source de la ballade qui a popularisé la figure de Mulan, il ne faut pas se cantonner aux sources écrites, qui sont maintenant les seuls témoignages d’une culture orale disparue. En effet, le mythe doit sa popularité à une chanson folklorique composée par la dynastie Wei Bei entre le IVème et le Vème siècle. Ce poème chanté, c’est La ballade de Mulan. Rien ne subsiste du texte original en revanche, la transcription la plus ancienne conservée date du VIème siècle.

Le conte tel que nous le connaissons aujourd’hui vient en fait d’une anthologie du XIIème siècle réalisée par Guo Maoqian sur la dynastie des Ming. Vous l’aurez compris, il existe une multitude de versions de ce texte grâce à la richesse de la tradition orale. Néanmoins la trame narrative est toujours la même:

Hua Mulan est une tisseuse d’une douzaine d’années. Alors qu’elle lavait le linge, elle entend que la Chine lève une armée et que chaque famille doit fournir un effort de guerre en envoyant au combat un de ses hommes. N’ayant pas de frère, Mulan sait que c’est son vieux père malade qui devra s’y rendre, elle sait aussi que sa condition physique est telle qu’il ne survivra pas. Alors, pour le protéger, elle se présente comme le fils de ce père infirme et s’enrôle à sa place. Elle se bat sur les champs de guerre durant plus de dix ans, combattant avec l’épée de son père, qu’il a reçu en héritage de ses ancêtres. Sa bravoure et sa force lui permettent d’être promue au grade de général sans que quiconque pourtant ne se doute que ce soit une femme. Pourtant, alors que la dernière bataille éclate, Mulan se présente vêtue des habits dont elle semblait avoir fait le deuil durant ces années, comme un ultime témoignage de son identité. Mulan sort à nouveau victorieuse de cette bataille, admirée et respectée par ses soldats. Pour ultime récompense, elle demande à l’empereur de lui fournir un cheval pour rentrer chez elle.

Bien que les versions se distinguent surtout pas la fin qu’elles lui donnent – un père trouvé mort, une vie hantée par les horreurs de la guerre, un suicide ou une vie d’honneurs -, Mulan reste un modèle de bravoure et d’humilité.

Au fil des adaptations, Mulan est devenu un emblème de la Chine, véritable idéal patriotique dont l’aboutissement est évidemment le film Disney de 1998. L’exemplarité nationaliste s’est construit en plusieurs étapes, d’abord son assimilations au peuple chinois sans regard pour ses origines réelles supposées turco-mongoles, en suite le changement progressif de son nom en celui de Hua Mulan. Comme mentionné en préambule, le magnolia est l’un des symboles de la Chine et ce n’est pas sans cause. Sa nomination de fleur est en fait une adaptation postérieure des premiers récits. On ne peut décemment pas donner un nom premier à ce personnage car il ne subsiste rien des textes primitifs, la tradition orale transcrite est le fruit de son époque, elle a donc été soumise à des adaptations et il y a une multitude de versions du récit. En revanche, nous savons que Liu Weide fait de ce personnage la protagoniste de son roman historique à laquelle il donne le prénom que lui connaissons. C’est Xu Wei – dramaturge et peintre chinois du XVIème siècle- qui donne au personnage le nom de Hua dans sa pièce Mulan, femme, remplace son père sous les drapeaux.

Il y a de nombreux enjeux à cette histoire, d’une part le récit naît dans une période d’intenses conflits dans les zones frontalières chinoises qui subissaient les assauts répétés des groupes ethniques nomades, l’histoire est un moyen de fédérer les troupes autour d’une légende commune vectrice d’espoir. D’autre part, parmi ses nombreuses origines on lui prête celle de tuoba. On sait que le clan est à l’origine de la dynastie des Wei ainsi, la chanson qui narre l’héroïsme d’un ancêtre supposé ou d’une figure guerrière emblématique et légendaire est un moyen de légitimer leur arrivée et leur perdurance sur la scène politique chinoise. La question centrale est alors : pourquoi Mulan ? Pourquoi prendre comme exemple le récit initiatique d’une femme ?

Je pense que ce choix – le terme de choix est utilisé car j’ai traité l’histoire de Mulan comme un mythe puisqu’ il n’y a pas à ma connaissance de preuves de l’historicité de ce personnage. Ceci pourrait s’expliquer par le fait qu’Histoire et légende soit intimement mêlées, que nous traitons différemment l’Histoire actuellement de ce qui était fait alors, ainsi la chanson ferait acte de biographie ( à cela je rajoute que la tradition historique à longtemps été dépendante de la littérature, Tite Live qui est par exemple reconnu en sa qualité d’historien traité l’Histoire à la manière de ce que nous qualifierons de romancier, c’est-à-dire qu’il ne se contente pas des éléments factuels et analytiques mais qu’il ajoute des dialogues, il façonne ses personnages, les critique subjectivement. C’est particulièrement éloquent dans le livre XXX d’Ab urbe condita libri avec le passage de la captivité de Sophonisbe, héroïne tragique et superbe) – est nécessairement le fruit de sa bravoure. En effet, un des éléments angulaire de la culture chinoise est l’obéissance filiale. Or, Mulan désobéit frontalement à ses parents en prenant les armes à la place de son père. Si cette désobéissance ne nous choque pas c’est parce que ce faisant elle embrasse une cause plus large mais aussi plus noble qui est la défense de son pays – cela implique du reste l’existence d’un sentiment de nationalisme – et donc une transcendance patriotique .

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