• La légende de Lady Godiva

    Lady Godiva, Edmund Blair Leighton, 1892 Bien que très peu d’informations de sa vie nous soient parvenues, la légende de Lady Godiva a traversé les siècle, nourrissant de son caractère romanesque la tradition artistique. C’est en Mercie médiévale que se situe l’histoire de la noble anglo-saxonne. Durant le Haut Moyen-Âge, le royaume de Mercie est…

La légende de Lady Godiva

Lady Godiva, Edmund Blair Leighton, 1892

Bien que très peu d’informations de sa vie nous soient parvenues, la légende de Lady Godiva a traversé les siècle, nourrissant de son caractère romanesque la tradition artistique. C’est en Mercie médiévale que se situe l’histoire de la noble anglo-saxonne. Durant le Haut Moyen-Âge, le royaume de Mercie est l’un des plus puissants d’Angleterre. D’abord gouverné par des rois et reines – Aethelflaed de Mercie, fille d’Alfred le Grand le suzerain du Wessex, régi d’abord le royaume conjointement à son mari, l’ealdorman Ethelred, puis seule lorsque ce dernier décède en 911- puis par des comtes. A la mort d’Aethelflaed en 918, son frère Edouard L’Ancien alors souverain du Wessex, annexe le territoire de la Mercie à son royaume. Malgré cette assimilation, le territoire annexé conserve son identité et place à sa tête des comtes puissants qui, bien qu’ils reconnaissent la suzeraineté du roi du Wessex, gouvernent selon la tradition de Mercie. Ce n’est qu’à partir de la conquête du royaume par les normands en 1066 que les comtes disparaissent et les frontières au sein du territoire anglo-saxons sont abolies au profit d’un royaume uni régi par une seule couronne.

C’est dans son contexte politique que naît la noble Godiva au XIème siècle. Probablement mariée une fois et devenue veuve, c’est du moins ce que rapporte les chroniques Liber Eliensis rédigée au siècle suivant, elle épouse Léofric, comte de Mercie, en 1040. Dans la légende populaire, l’ealdorman est un homme cruel, harcelant son peuple de taxes toujours plus importantes. Lady Godiva son épouse, scandalisée par ces impôts injustes qui appauvrissaient le peuple se présente à plusieurs reprises auprès de Léofric, appelant à sa clémence. Après ces tentatives infructueuses, l’ealdorman, qui refuse rendre des comptes à son épouse sur les taxes qu’il impose à son peuple lui propose un marché, fort de la conviction qu’elle se refuserait à accepter. Il lui promet de baisser les impôts à condition qu’elle se promène nue sur son cheval dans les rues de Coventry.

Nous sommes dans un contexte politique et religieux médiéval, la nudité a donc une place particulière dans l’imaginaire collectif. Il faut déjà distinguer la nudité rituelle de la nudité profane. La première s’inscrit dans le cadre de l’exercice de la spiritualité, elle est donc acceptée comme une étape nécessaire au rituel magique. Celle-ci est néanmoins à traiter précautionneusement car la spiritualité qui met le corps nu en scène est considéré au moyen-âge par le christianisme comme une pratique païenne et donc honnie. La deuxième, la nudité profane, se définit par son exclusion de la première pratique. Ainsi toute nudité et toute mise en scène d’un corps nu en dehors du champ sacré est profane. Il est intéressant de noter la place qu’a la nudité dans la tradition chrétienne puisque c’est dans sa trame que s tisse la présente légende. Là encore il y a deux nudités: la nudité primitive, celle d’Adam et Eve, qui est naturelle et perçue comme allant de soi et la nudité telle qu’elle est appréhendée après le péché originel. Qu’est-ce à dire ? Le corps nu n’est pas supposé être un sujet de honte puisqu’il a été façonné par Dieu, en revanche avec le péché, le corps devient un objet de désir et de luxure qu’il s’agit donc de cacher pudiquement. Le vêtement sert donc de rempart au domaine du corps.

Ainsi, lorsque Léofric demande à sa femme de se dévêtir et de parcourir les rues de la ville entièrement nue il lui demande de s’humilier de trois façons inextricablement liées: la première en contrevenant à la règle chrétienne selon laquelle il faut couvrir le corps, la deuxième en exposant le corps intime et privé au regard public et la troisième en parcourant les rues la tête découverte et les cheveux lâchés. Ce dernier détail n’est pas à prendre légèrement parce qu’il en va du statut de Lady Godiva. Au moyen-âge, se présenter les cheveux défaits était le symbole féminin ultime de la dépravation des mœurs, dans l’art ce geste est associé à la lascivité des filles de joie. Il faut donc voir cette demande comme un geste d’une cruauté infinie parce que Léofric exige en réalité de sa femme qu’elle ne soit plus ni noble de statut ni de mœurs, ni honorable, qu’elle s’avilisse devant Dieu et devant ses sujets. L’abnégation est complète, Lady Godiva le sait et pourtant contre toute attente, elle accepte.

Les habitant.e.s ayant été prévenu.e.s de sa traversée choisissent alors de ne pas sortir de chez elleux, fermant boutiques et volets afin que la dame qui luttait pour elleux puissent passer dignement dans les rues e la ville sans être déshonorée de leurs regards. Elle monte à cheval en se couvrant les seins et le sexe de ses boucles et avance dans les rues désertées. Dans les peintures du XIXème siècle la Lady est représentées avec la colombe qui représente l’amour qu’elle porte à son peuple et le visage baigné de larmes. Celles-ci ne sont pas le fruit de l’humiliation mais de sa fierté pour les habitant.e.s qui la respectent en retour.

Il n’est pas aisé d’attester de la véracité d’une histoire devenue légende, en revanche ce récit fait quand même écho à une réalité historique bien qu’il n’y ait aucune preuve écrite. En effet, en étudiant les annales de Coventry de la période il se trouve que les impôts à partir de 1057 dans cette ville n’ont plus été perçus et il ne se trouve aucune mention expliquant ce phénomène. Lady Godiva est devenue une icone de la lutte pour le peuple, si l’art lui a rendu hommage, le jeux d’échecs ont eux aussi tenus à honorer le geste de le comtesse en nommant un mouvement d’après elle.

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